Dimanche 1er février à 17h30
Grand Studio Darius Milhaud, 2 impasse Vandal, 75014 Paris
Comment fait-on pour jouer à deux adultes sur un si petit espace ? Les premiers pianos n’avaient que cinq octaves ! C’est la question que se posent les deux pianistes Matthieu Schweiger (Professeur de piano forte à Mulhouse et à Strasbourg) et Françoise Tillard autour des œuvres de Mozart, Dussek et Jadin sur un piano carré Érard de 1808.
Ces trois sonates sont de forme très ressemblante, bi-thématiques, en trois mouvements, finale en rondo, etc… et elles appartiennent à cette partie du XVIIIe siècle qui, avec une écriture très classique, incline vers l’expressivité, autrement dit le romantisme. Le tout petit instrument de salon est sollicité au maximum, il va falloir qu’il grandisse, c’est prévu dans le siècle qui suit ! C’est émouvant d’entendre le contraste entre le son proposé, tout juste sorti du clavecin, et l’orage qui bouillonne dans l’oreille intérieure des musiciens, compositeurs et interprètes !
Comme beaucoup de programmes de Parole et Musique, Mozart à quatre mains peut être considéré comme un work in process. La question posée des deux adultes en face d’un clavier étroit rejoint celle de la place de Mozart parmi ses contemporains. Pas seulement à côté de sa sœur Nannerl. Était-il spécialement en avance, ou au contraire un marqueur du passé ? Allons-nous le mettre en début, en milieu ou en fin de programme ? Ce n’est pas encore décidé !
Wolfgang Amadeus Mozart, né en 1756 et mort en 1791, fait figure d’aîné et a pris toute la place dans nos mémoires. Le clavier que nous allons utiliser, cinq octaves et demi du fa au do, est plus long que ceux qu’il a connus, la plupart ayant seulement cinq octaves de fa à fa, comme les petits claviers électroniques transportés par nos jeunes. Mozart a composé cette sonate à Vienne en juillet 1786. À cette date, il est franc-maçon, le Baron van Swieten (1733-1803) lui a fait connaître Bach et Haendel et il est entre la composition des Nozze di Figaro et de Don Giovanni, entre Vienne et Prague. Nous le considérons comme le modèle des classiques – avec son ami Haydn (1732-1809) – mais il est hors norme, loin de la mode de son époque. Ses œuvres pour piano gardent la tonicité, la prégnance rythmique du clavecin et le regard vers les maîtres du passé, Bach et Haendel.
Hyacinthe Jadin (1776-1800) est un inconnu total à côté de ce phénomène mondial ! Il appartient à une famille de musiciens venue de Belgique et fut avec son frère Louis-Emmanuel (1768-1853) un des pianistes attachés au Théâtre Feydeau. Atteint de tuberculose, il échappa à la conscription grâce à l’intervention de Lucien Bonaparte mais mourut cependant à l’âge de 24 ans. Le Duo pour piano à quatre mains pour le Forte-Piano en fa majeur que vous allez entendre date de 1796 et est dédié à ce frère. Il est certes d’inspiration romantique très Sturm und Drang mais il garde la simplicité et la fluidité réclamées par l’esthétique rousseauiste de la romance. Son clavier lui aussi en reste à la mesure des cinq octaves.

Jan Ladislav Dussek (1760-1812) appartient lui aussi à une famille de musiciens. C’est d’ailleurs une constante à cette époque, et c’est aussi le cas de Mozart. Né en Bohème, son nom subit pas mal d’altération orthographique (Dusík, Duschek, Düssek…) pour lui permettre de vivre une des premières vies de pianiste itinérant entre Londres, Saint Petersbourg et Milan pour la finir à Saint-Germain-en-Laye. Il contribua énormément au développement du piano, en particulier à Londres avec le facteur John Broadwood. L’Érard carré de 1808 de ce concert est tout à fait indiqué pour cette musique qui regarde vers l’avenir. Le clavier s’agrandit, a pris une quinte dans l’aigu ! Et Dussek, qui l’a réclamée à ses facteurs préférés, utilise abondamment cette quinte dans ce Duet for two Performers on the Piano-Forte en do majeur publié à Londres en 1801 sous le numéro d’opus 48 et mystérieusement dédié to the two Sisters. Si lui-même a été oublié, on retrouve beaucoup de ses idées chez les romantiques qui le suivront, Beethoven, Schumann, Mendelssohn… Non seulement ses thèmes, mais ses innovations formelles. L’Intermezzo qu’il introduit ici avant le dernier mouvement et qu’il reprend dans un grand récitatif élégiaque avant de revenir au rondo final est une idée nouvelle qui n’est qu’à lui.
Alors, doit-on conclure le concert avec Dussek ? Dans l’ordre : Mozart, Jadin, Dussek ? Ou Jadin, Dussek, Mozart ? Ou encore ??? Vous le saurez le 1er février !
