Tous les articles par Françoise Tillard

La pianiste Françoise Tillard se partage entre musique de chambre vocale et instrumentale. Elle a enseigné la mélodie et le lied aux Conservatoires de la Ville de Paris et dirige la saison Parole et Musique au Regard du Cygne. Elle s'attache à promouvoir l'oeuvre des compositrices, en particulier Fanny Hensel dont elle a écrit la biographie et qui est aussi son sujet de thèse de doctorat en études germaniques.

Mozart à quatre mains

Dimanche 1er février à 17h30

Grand Studio Darius Milhaud, 2 impasse Vandal, 75014 Paris

Réservation

Comment fait-on pour jouer à deux adultes sur un si petit espace ?  Les premiers pianos n’avaient que cinq octaves !  C’est la question que se posent les deux pianistes Matthieu Schweiger (Professeur de piano forte à Mulhouse et à Strasbourg) et Françoise Tillard autour des œuvres de Mozart, Dussek et Jadin sur un piano carré Érard de 1808.

Ces trois sonates sont de forme très ressemblante, bi-thématiques, en trois mouvements, finale en rondo, etc… et elles appartiennent à cette partie du XVIIIe siècle qui, avec une écriture très classique, incline vers l’expressivité, autrement dit le romantisme. Le tout petit instrument de salon est sollicité au maximum, il va falloir qu’il grandisse, c’est prévu dans le siècle qui suit ! C’est émouvant d’entendre le contraste entre le son proposé, tout juste sorti du clavecin, et l’orage qui bouillonne dans l’oreille intérieure des musiciens, compositeurs et interprètes !

Comme beaucoup de programmes de Parole et Musique, Mozart à quatre mains peut être considéré comme un work in process. La question posée des deux adultes en face d’un clavier étroit rejoint celle de la place de Mozart parmi ses contemporains. Pas seulement à côté de sa sœur Nannerl. Était-il spécialement en avance, ou au contraire un marqueur du passé ? Allons-nous le mettre en début, en milieu ou en fin de programme ? Ce n’est pas encore décidé !

Wolfgang Amadeus Mozart, né en 1756 et mort en 1791, fait figure d’aîné et a pris toute la place dans nos mémoires. Le clavier que nous allons utiliser, cinq octaves et demi du fa au do, est plus long que ceux qu’il a connus, la plupart ayant seulement cinq octaves de fa à fa, comme les petits claviers électroniques transportés par nos jeunes. Mozart a composé cette sonate à Vienne en juillet 1786. À cette date, il est franc-maçon, le Baron van Swieten (1733-1803) lui a fait connaître Bach et Haendel et il est entre la composition des Nozze di Figaro et de Don Giovanni, entre Vienne et Prague. Nous le considérons comme le modèle des classiques – avec son ami Haydn (1732-1809) – mais il est hors norme, loin de la mode de son époque. Ses œuvres pour piano gardent la tonicité, la prégnance rythmique du clavecin et le regard vers les maîtres du passé, Bach et Haendel.

Hyacinthe Jadin (1776-1800) est un inconnu total à côté de ce phénomène mondial ! Il appartient à une famille de musiciens venue de Belgique et fut avec son frère Louis-Emmanuel (1768-1853) un des pianistes attachés au Théâtre Feydeau. Atteint de tuberculose, il échappa à la conscription grâce à l’intervention de Lucien Bonaparte mais mourut cependant à l’âge de 24 ans. Le Duo pour piano à quatre mains pour le Forte-Piano en fa majeur que vous allez entendre date de 1796 et est dédié à ce frère. Il est certes d’inspiration romantique très Sturm und Drang mais il garde la simplicité et la fluidité réclamées par l’esthétique rousseauiste de la romance. Son clavier lui aussi en reste à la mesure des cinq octaves.

 

Broadwood carré de 1783. Il n’a que cinq octaves, de fa à fa.

 

Jan Ladislav Dussek (1760-1812) appartient lui aussi à une famille de musiciens. C’est d’ailleurs une constante à cette époque, et c’est aussi le cas de Mozart. Né en Bohème, son nom subit pas mal d’altération orthographique (Dusík, Duschek, Düssek…) pour lui permettre de vivre une des premières vies de pianiste itinérant entre Londres, Saint Petersbourg et Milan pour la finir à Saint-Germain-en-Laye. Il contribua énormément au développement du piano, en particulier à Londres avec le facteur John Broadwood. L’Érard carré de 1808 de ce concert est tout à fait indiqué pour cette musique qui regarde vers l’avenir. Le clavier s’agrandit, a pris une quinte dans l’aigu ! Et Dussek, qui l’a réclamée à ses facteurs préférés, utilise abondamment cette quinte dans ce Duet for two Performers on the Piano-Forte en do majeur publié à Londres en 1801 sous le numéro d’opus 48 et mystérieusement dédié to the two Sisters. Si lui-même a été oublié, on retrouve beaucoup de ses idées chez les romantiques qui le suivront, Beethoven, Schumann, Mendelssohn… Non seulement ses thèmes, mais ses innovations formelles. L’Intermezzo qu’il introduit ici avant le dernier mouvement et qu’il reprend dans un grand récitatif élégiaque avant de revenir au rondo final est une idée nouvelle qui n’est qu’à lui.

Alors, doit-on conclure le concert avec Dussek ? Dans l’ordre : Mozart, Jadin, Dussek ? Ou Jadin, Dussek, Mozart ? Ou encore ??? Vous le saurez le 1er février !

L’Érard carré de 1808 utilisé pour le concert du 1er février. Il a cinq octaves et demi et va du fa grave au do aigu.

Beethoven dans les graves

Dimanche 12 avril à 17h30

Grand Studio Darius Milhaud, 2 impasse Vandal, 75014 Paris

Réservation

La musique romantique de cette époque de cette époque privilégie l’aigu… Pas cette fois-ci ! Beethoven a su mettre en valeur violoncelle et la voix de mezzo, ce qui permet à Laura Muller et à Frédéric Dupuis de dialoguer entre sonate, variations et Lieder avec Françoise Tillard sur un piano Érard grand modèle de 1843.

La Belle Époque en Paroles et en Musique

Dimanche 9 novembre à 17h30

Réservation

Grand Studio Darius Milhaud, 2 impasse Vandal, 75014 Paris

Les plus belles mélodies de Saint-Saëns, Ravel, Debussy, Messager… mais aussi des pièces pour piano et un salut respectueux à la compositrice Mel Bonis (1858-1937).

Avec Jean-Baptiste Dumora baryton et Françoise Tillard, piano Érard n°3 de 1883

Le tableau utilisé pour illustrer ce concert est de la peintre américaine amie des impressionnistes Mary Cassatt.

Le romantisme finissant explose en mille chatoiements impressionnistes, nabis, hédonistes… la musique française de la Belle Époque fourmille de chefs d’œuvre connus ou méconnus ! Ainsi, dans notre programme, nous marions une œuvre révolutionnaire de Ravel (1875-1937) comme les Histoires naturelles, aussi scandaleuses à leur création en 1907 que le sera le Sacre du Printemps en 1913, avec une mélodie de Messager (1853-1929), La Paix, vêtue de blanc, le plus beau chant jamais écrit à la gloire de la Paix de 1919.

Ainsi de suite. Vous entendrez la soif de bonheur et la foi dans l’avenir de ce monde en ébullition en même temps que le respect pour l’art du passé que manifestent aussi bien Ravel dans sa Sonatine que Debussy (1862-1918) jouant du vieux français de François Villon (1431-1463), que Saint-Saëns (1838-1921) goûtant les rimes de Victor Hugo (1802-1885) et que Mel Bonis (1858-1937) évoquant Mélisande et Salomé.

Chansons de Kosma/Prévert

Concert donné le 14 septembre au Grand Studio Darius Milhaud, 2 impasse Vandal, 75014 Paris

Nous serions heureux de le redonner !

Une composition de dits et inédits de Jacques Prévert mais aussi de Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre,  Francis Carco…

Laissez-vous surprendre par le grand compositeur franco-hongrois Joseph Kosma (1905-1969) (pas Vladimir Cosma, toujours vivant…) qui écrivit, outre les plus belles chansons françaises, de magnifiques pièces pour piano.

Nous aimons la générosité de ce compositeur messianique qui cherche à faire le bonheur de l’humanité. Alors qu’il fuyait les dictatures hongroise et allemande, Kosma chercha en France un poète avec qui il puisse créer un tandem humaniste tel le tandem Kurt Weill/Berthold Brecht. Et il rencontra Jacques Prévert (1900-1977) ! Mais nous ne nous contenterons pas des célèbres chansons que vous fredonnerez en sortant, nous vous donnerons un aperçu plus original du travail de Kosma, des pièces pour piano, des inédits, des chansons sur des textes d’autres poètes, Sartre, Queneau, Anouilh, Carco, Bassis…

Nos interprètes sont des amoureux de ces chansons. Ce sont des artistes classiques, exigeants, mais qui n’ont pas le culte forcené du lyrisme. Ce trio de vieux complices fait passer la poésie et son expression avant tout effet technique ! Le texte, le texte !

Avec Clémentine Bourgoin, soprano, Renaud Boutin, baryton et Françoise Tillard, piano

Le tableau que vous voyez en tête de cet article est de Raoul Hausmann (1886-1971). Il s’intitule Ventre de Carrosse ou Dupont-Durand fait des poèmes (1920, aquarelle et encre de Chine sur papier, 42,5 x 31,9 cm, Saint-Etienne, Musée d’Art Moderne et Contemporain)